MOUSTACHE

Lancé en 2009 par Stéphane Arriubergé et Massimiliano Iorio, également fondateurs de Domestic, Moustache s’est imposé comme un incontournable dans le paysage du design grâce à son réseau de complicités et ses idées novatrices. Animé par la volonté de proposer des pièces pérennes et durables, honnêtes et intelligentes, l’éditeur français est aujourd’hui exposé au Moma de New-York et aux arts décoratifs de paris. Interview avec l’un de ses créateurs.

Stéphane, vous êtes déjà associé avec Massimiliano Iorio chez Domestic… Comment est née l’idée de créer Moustache et pourquoi avoir choisi ce nom ? Oui tout à fait, nous avons créé Domestic il y a dix ans, maison à l’origine des Wall stickers que nous faisons toujours dessiner par des artistes et des designers venus des quatre coins du monde. Ces produits ont connu un succès considérable, ce qui était formidable mais nous éloignait cependant de notre intention de départ qui consistait davantage à travailler et éditer des projets plus ambitieux en terme de production et de design. C’est pourquoi nous avons lancé Moustache dont le nom, assez symbolique, fait référence aux figures masculines d’autrefois. L’idée qui guide notre projet depuis le départ est de réconcilier les gens avec les certains usages du passé, de renouer par exemple avec des rituels comme la transmission de ses meubles et objets de génération en génération et d’inscrire durablement nos objets dans le temps. Nous défendons un projet qui s’oppose à la surconsommation irréfléchie et de la nouveauté à tout prix et qui tente d’ouvrir de nouvelles pistes.

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Imposer Moustache parmi tous les grands éditeurs a-t-il été difficile ? Je dirais sans prétention que ce fut plutôt facile même si Moustache a mis deux années à prendre forme avant son lancement. Nous avons choisi de collaborer avec des designers qui faisaient déjà partie de l’aventure Domestic comme François Azambourg tandis que d’autres sont venus agrandir la famille au fil du temps. Les convaincre de nous suivre sur cette aventure ne fut donc pas très compliqué à vrai dire car nous partageons des rêves et des valeurs et défendons la même vision pour le design aujourd’hui. Et puis je crois que nous avons rapidement trouvé un
public sensible à nos propositions

Quel est le mode de fonctionnement de votre structure ? Vous avez choisi de travailler avec un réseau de complicités… et le temps reste un atout considérable contrairement à d’autres structures. Exactement, nous avons volontairement formé une sorte de communauté, un réseau de complicités au départ. Nous habitons dans le 10ème arrondissement, nos bureaux y sont également installés et certaines personnes avec lesquelles nous travaillons sont ici aussi. C’est le cas d’Inga Sempé notamment qui a installé son atelier dans le quartier. Cette proximité géographique nous a permis d’échanger les idées plus facilement et plus rapidement et de mener une réflexion plus aboutie sur la mise en oeuvre des projets. Avec le temps et l’assurance nous avons également fait appel à des designers étrangers comme Bertjan Pot ou Scholten & Baijings. Le temps constitue effectivement un atout supplémentaire pour créer un un univers homogène. C’est à force d’ajouter des objets que se précise la ligne éditoriale d’une société comme Moustache. Aujourd’hui nous en prenons d’ailleurs de plus en plus pour développer un projet même si les premières années il a fallu constituer un catalogue d’une dizaine d’objets afin de gagner en légitimité sur le marché. Pour citer un exemple : la chaise Bold dessinée par Big- Game a nécessité trois ans de travail avant de voir le jour.

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Comment s’organise la création avec les designers ? On remarque une approche artistique… L’ambition de Moustache est de donner naissance à des objets innovants qui ne préexistent pas à notre demande. Nous leur fournissons un brief assez précis de ce que nous attendons puis nous engageons ensuite des discussions tout au long du processus de création. Notre approche est assez expérimentale à vrai dire et notre objectif est de tenter d’inscrire Moustache dans l’histoire des objets manufacturés. Avec Inga Sempé par exemple, nous voulions qu’elle dessine une gamme de luminaires à base de plis. Cette volonté d’innovation anime chaque collaboration. 

A l’opposé du « marché global », Moustache a la volonté de proposer des pièces durables, innovantes et honnêtes… Comme je le disais précédemment, nous voulons assurer la pérennité voire la transmission de nos pièces. L’utilisation du terme « honnêtes » s’explique par la volonté d’informer au mieux le consommateur sur ce qu’il achète. A nos yeux, il est important de le réconcilier avec un usage plus juste et intelligent, de faire en sorte qu’il ait envie de garder nos meubles plus longtemps et qu’il puisse les faire évoluer. C’est par exemple le cas de la chaise Bold, recouverte d’une gaine de textile amovible qui permet d’en changer la couleur selon l’humeur.

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Où vos produits sont-ils fabriqués ? Tous les produits sont fabriqués en Europe. Cinquante pour cent en France et l’autre moitié en Suisse, en Allemagne… Il est pour nous inconcevable de délocaliser la production hors du continent. Nous nous situons entre la standardisation et le haut de gamme et sommes attachés à conserver des prix raisonnables même si cela n’est pas toujours évident lorsqu’on décide de rester « à la maison ».

Certaines de vos pièces sont aujourd’hui présentes dans les collections permanentes de grands musées comme le MoMa de New-York et les Arts Décoratifs à Paris… Nous sommes évidemment hyper ravis que nos pièces soient présentes dans les collections de telles institutions. Cela prouve que notre travail a du sens et qu’il est reconnu. La chaise Bold a fait son entrée au MoMa de NYC à la fin de l’année 2012 et cela faisait près de 60 ans qu’une chaise française n’avait pas intégré la collection permanente de ce musée. Notre présence aux Arts Décoratifs est également une grande fierté car c’est un musée incontournable à Paris et dans l’Hexagone. Moustache est également présent dans les collections du MUDAC, le Musée du Design et des Arts Appliqués Contemporains de Lausanne, du MAKK de Cologne et dans le Fonds National d’Art contemporain français.

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Jusqu’au 20 juin, Moustache expose au Bon Marché à Paris… L’exposition s’intitule Half Decade Beast et célèbre notre cinquième anniversaire. Nous avons demandé à Jean-Baptiste Fastrez de dessiner un dispositif vivant, respirant, une sorte de bête sans forme précise qui transporte nos dix derniers projets. Cette installation a marqué un premier arrêt au Salon du meuble de Milan en avril dernier et elle est actuellement visible au Bon Marché jusqu’au 20 juin prochain. Elle se déplacera ensuite au salon Maison & Objet en septembre puis à Courtrai à l’occasion de la Biennale Intérieur en octobre.

Que pouvez-vous nous dire sur les dernières pièces éditées chez Moustache ? De nombreuses pièces viennent de sortir dont la collection Fins de FormaFantasma. Le duo italien a utilisé des peaux de poissons tannées de manière végétale pour gainer un tabouret et former l’enveloppe d’une bouillote. Les déchets sont ici valorisés et produisent un impact esthétique inédit. Les hollandais de Scholten & Baijings ont imaginé la chaise Scrap qui s’inscrit dans la tradition des assises cannées ou tressées nées au Pays-Bas au XVIIème siècle tout en la renouvelant. Nous avons également édité la lampe Aurore signée Férréol Babin qui projette la lumière au lieu de la diffuser et produit des effets colorés à l’image d’un arc-en-ciel ou d’une aurore. Il y a aussi le vase Scarabée de Jean-Baptiste Fastrez qui s’inspire de l’aspect irisé du coléoptère. J’invite le public à venir jeter un œil à l’exposition afin de découvrir plus en détails nos dernières créations.

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Y a-t-il un type d’objet en particulier que vous aimeriez inscrire au catalogue ? A ce jour, vous n’avez pas édité de canapé par exemple. Non pas spécialement… j’ai le sentiment que nous avons réussi aujourd’hui à créer un univers homogène et intelligible que de nouveaux objets viendront enrichir au fil des saisons. Concernant le canapé, nous avons fait le choix pour l’instant de ne pas explorer ce domaine car ce type de meuble demande un travail lourd et très spécifique si l’on décide d’en renouveler le genre.

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http://moustache.fr

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