INTERVIEW – AURELIEN CHAUVAUD

Il mêle réalité et fiction, il met sur un pied d’égalité des personnages notoires comme d’illustres inconnus, il donne une dimension esthétique à ses projets documentaires si bien que sa photographie est qualifiée de reportage artistique. Un travail de plasticien qu’il met parfois au service de l’édition et de la publicité, sans jamais mettre de côté la qualité et la précision dans ses images. Rencontre.

Bonjour Aurélien, Raconte-nous ton parcours et tes débuts en tant que photographe professionnel…

Après deux ans à la Barbade, j’ai eu la chance d’intégrer le Blackpool College de la Lancaster University en Angleterre où j’ai suivi des études de photographie. Par la suite, je suis devenu assistant de photographes de mode durant sept ans avant de me faire connaitre grâce à un magazine qui avait publié une de mes séries en noir & blanc. Grace à cette publication, un des programmes de l’Union Européenne m’a engagé afin de produire une exposition pour eux, basée sur l’agriculture au Kenya. Ce travail fut exposé devant le parlement Européen à Bruxelles et à Strasbourg. Puis de fil en aiguille, j’ai mis tout mon travail bout à bout et lancé un site afin de me professionnaliser et pouvoir démarcher des gens… C’est à ce moment-là que j’ai commencé à travailler pour diverses publications / clients.

 

Tu étais à l’étranger ces dernières semaines. Raconte-nous ce dernier voyage…

Oui effectivement, je suis parti en Israël sur les traces de mon grand-père maternel que je n’ai pas connu et qui est décédé au Maroc bien avant ma naissance. Ses frères et sœurs ont décidé il y a plusieurs années de rapatrier son corps en Israël, j’ai donc souhaité y aller afin de me rendre sur sa tombe et découvrir une famille lointaine, bien que proche en terme de liens, que je connais à peine (ma mère est issue d’une famille juive marocaine nombreuse, mon grand-père avait 9 frères et sœurs dont certains sont partis s’installer là bas, qui ont eu des enfants…). Je construis actuellement un projet photographique sur ma famille et les lieux dans lesquels ils ont évolué. C’est un projet qui m’amène aux quatre coins du globe, j’étais par exemple au Japon il n’y a pas longtemps où mon père est né… J’ai envie de raconter l’histoire de ces personnages en mettant en relation un lieu de vie avec mes propres expériences lors de ces voyages. C’est un travail qui demande beaucoup de temps et d’énergie et je ne sais pas encore où il me mènera. Rien n’est encore abouti aujourd’hui mais j’ai envie d’explorer photographiquement ces traces du passé en retournant sur certains lieux significatifs.

 

Comme nombre de photographes, tu as deux casquettes, une consistant à monter des projets personnels et une plus commerciale, publicitaire. Quelle est ta démarche pour ces deux types de projets ? Y vois-tu une grande différence ?

Comme tout photographe, une partie de mon travail concerne les commandes, les collaborations publicitaires et les publications dans la presse. Ces travaux sont importants pour moi car ils me permettent de me faire connaitre. Le travail commercial est donc primordial mais c’est quelque chose que j’apprécie tout autant que les projets personnels. Imaginer des visuels, mettre en image un message, être entouré d’une équipe demeure très intéressant même si les contraintes sont présentes. Cela fait partie du job et cela me permet de nourrir mes travaux personnels. Evoluer sur les deux terrains est une chance finalement.

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On peut voir dans ton portfolio que tu captures aussi bien des paysages que des personnages… As-tu un sujet de prédilection ? Tu évoques la relation entre les gens et leurs lieux de vie…

Ce qui m’intéresse principalement c’est la manière dont les personnes évoluent dans leur environnement, je recherche un côté graphique qui fait que tout fonctionne mais ce n’est pas toujours évident. Ça concerne certaines personnes avec certains looks dans certains endroits. Mon but est de réussir à capter ce moment où tout est en adéquation tant au niveau du lieu, du personnage photographié, des couleurs, de l’émotion.

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Tu travailles uniquement sur pellicule pour tes séries personnelles, qu’est-ce que cela apporte à tes images ?

Je n’ai absolument rien contre le numérique puisque je l’utilise également lors de projets de commande, mais je trouve que l’argentique conserve un côté plus artisanal qui me convient mieux, c’est aussi la façon dont j’ai appris la photographie et dont j’aime la pratiquer. La maîtrise est plus compliquée lorsque l’on utilise un appareil argentique et puis il est impossible de regarder son cliché, on est moins dans l’immédiateté. Il existe ce côté magique surtout lorsque je récupère une planche contact après un voyage. Je me remémore certains moments que j’avais quelque peu oubliés, certaines personnes… C’est ce moment qui est pour moi véritablement « jouissif » dans la photographie.

 

Comme tous les « faiseurs d’images », j’imagine que tu as de nombreuses influences, inspirations. Peux-tu nous en citer quelques-unes ? L’une d’entre elle a-t-elle eu un rôle primordial dans ta carrière ?

Les sources d’inspiration sont multiples, je pourrais vous citer des dizaines et des dizaines de noms de photographes dont j’admire le travail. J’étoffe ma culture photographique dans les différents domaines de cette discipline à l’aide de plusieurs types de supports : magazines, publicité, mode, art sans oublier les ouvrages bien sur, les monographies. Je trouve que les livres mettent véritablement en valeur le travail d’un photographe car je pense que c’est la façon dont ils imaginent un projet, tant au niveau des images choisies que dans la mise en page, etc. C’est d’ailleurs ce sur quoi je travaille en ce moment.

 

On beaucoup aimé ta série « Shanghai Sidecar Riders », comment est venue l’idée d’un tel projet ? Et comment es-tu allé à la rencontre de tes sujets ?

C’est par le bais d’un ami que j’ai pu réaliser cette série. J’étais à Shanghai en plein mois d’août, il faisait une chaleur insupportable, à tel point que j’étais sur le point de prendre un billet pour une autre destination ! Puis, cet ami a insisté pour que je reste et m’a présenté à un de ses proches qui était passionné de sidecar et qui m’a emmené faire un tour dans la ville. J’ai été bien sûr très séduit par le look de ces machines. Cette personne en question s’était constituée un vrai petit réseau dans la ville. De fil en aiguille, il m’a présenté ces « riders » et puis m’est venu l’idée d’en faire des images. Je voulais mettre en rapport un lieu et un personnage. Je souhaitais réaliser des images qui soient tout autant des portraits que des paysages, des visuels inscrits dans une réalité tout autant que dans un imaginaire. Je ne suis jamais intervenu quant au style de mon protagoniste, ses vêtements, sa machine. J’ai choisi d’intervenir uniquement sur le lieu dans lequel je les ai photographiés. J’ai réalisé environ 80 clichés mais je ne les ai pas tous publiés.

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Tu as récemment réalisé des petits spots pour AIDES en parallèle des images prévues pour le print. Envisages-tu de te diriger vers la vidéo ?

Tout à fait, c’était un projet publicitaire très intéressant pour lequel j’ai également co-réalisé les films. Me diriger vers la vidéo n’est pas vraiment d’actualité car je considère que c’est un métier différent de celui de photographe. Même si aujourd’hui les moyens techniques permettent à certains faiseurs d’images de se tourner vers cette discipline je pense plutôt à développer mon univers photographique. Après, je verrai bien ce que les prochaines années me réservent… Il ne faut jamais dire jamais et il est évident qu’à titre commercial les photographes vont avoir besoin de plusieurs cordes à leur arc.

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Des projets pour l’avenir, des envies, des voyages ?

J’ai pas mal d’envies, de projets effectivement. J’aimerais par exemple pouvoir exposer mon travail en galerie mais je souhaite d’abord aboutir certaines recherches avant de me lancer, leur donner plus de profondeur et de sensibilité. Et puis ce n’est pas toujours évident d’avoir accès à ces espaces pour présenter son boulot. Concernant les voyages, rien de prévu pour le moment à part passer une partie des fêtes de fin d’année en Angleterre où est installée une partie de ma famille…

 

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