INTERVIEW – CONSTANCE GUISSET

Créative funambule inspirée, Constance Guisset imagine des objets et aménage des intérieurs teintés de poésie. Adepte de l’expérimentation et des formes douces, elle travaille principalement autour du mouvement et de l’équilibre pour dessiner un univers résolument surprenant. L’année 2015 verra l’arrivée de plusieurs objets et meubles sans oublier les scénographies d’exposition. Interview.


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Bonjour Mme Guisset, pouvez-vous nous retracer votre parcours en quelques lignes ?

J’ai lu que vous étiez arrivée tard dans le monde du design…En effet, j’ai commencé par m’intéresser à d’autres domaines. Je me suis tout d’abord consacrée à des études commerciales à l’ESSEC. Après mon diplôme, j’ai travaillé au Japon. En 2001, j’ai décidé de changer de voie et j’ai intégré Sciences Po Paris, dans la spécialité « management culturel ». J’en ai profité pour prendre des cours de menuiserie et mener des projets personnels. Une fois diplômée, j’ai été administratrice de la Galerie Nelson et ce n’est que là que j’ai compris que je voulais me consacrer à la création et avoir plus de liberté dans mon travail. J’ai donc à nouveau changé de voie et intégré l’ENSCI.

 

On vous a qualifié de « designer funambule inspirée ». Est-ce un titre de portrait qui vous correspond bien ?

Il est compliqué de se définir soi-même !

Concernant le titre que vous proposez, disons que c’est le propre d’un designer que de chercher l’inspiration. Quant au terme funambule, il vient sans doute de mon travail autour du mouvement et de l’équilibre, ainsi que de ma collaboration avec Angelin Preljocaj qui m’a notamment amenée à réaliser la scénographie de son spectacle Le Funambule, d’après un texte de Jean Genet. Dans cette œuvre, Genet définit d’ailleurs l’artiste comme un funambule.

Mais il est vrai que je me sens parfois sur le fil car mes projets évoluent dans différents mondes : le design d’objets, la scénographie, l’architecture d’intérieur…

 

Pourrait-on définir votre univers avec les mots surprise, rêve, poésie et expérimentation ?

J’aime ces mots et j’espère qu’il y a quelques pincées de ceux-ci dans chaque objet… car je m’y emploie.

 

Comment avez-vous abordé votre récent projet pour le groupe Accor ?

Le projet Accor a duré deux ans et ce fut une grande aventure. J’étais heureuse de travailler un ensemble, d’imaginer une atmosphère complète. Je souhaitais en faire un endroit authentique, qui ne soit pas un décor. J’avais envie de faire coïncider la réalité et sa perception : c’est pour cette raison que l’espace semble si familier. Je voulais qu’il se détache par sa simplicité et son accessibilité.

 

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Un objet peut-il devenir le point de départ d’un intérieur ?

Certains designers partent du détail pour arriver au général, donc c’est tout à fait possible. Mais j’ai plutôt tendance à faire l’inverse. Je pars du général, de l’atmosphère, des sensations, pour faire un dessin. Je n’ai jamais dessiné un intérieur autour d’un objet. Les objets servent le projet, les détails servent l’objet dans sa totalité.

 

Certains de vos objets s’apparentent à de l’artisanat d’art…

Ce n’est pas mon impression. A quel objet pensez-vous ?

 

Votre lampe Vertigo éditée chez Petite Friture a connu un certain succès. Quelle est son histoire ?

C’est un objet que j’ai dessiné quand j’étais encore étudiante à l’ENSCI – Les Ateliers. Je l’ai imaginé et conçu à travers différentes expérimentations formelles, en tressant des rubans. La taille de l’objet a augmenté, ses rubans se sont affinés, la lumière est apparue. C’est ainsi que Vertigo est née.

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Vous éditez régulièrement vos pièces chez Moustache, Petite Friture et Matière Grise. Vous privilégiez la proximité avec ce type de petites structures…

J’aime travailler avec ce type de structures car j’ai l’impression que nous construisons et progressons ensemble. Mais j’ai également beaucoup de plaisir à collaborer avec des structures de taille plus importante. Je profite également de leur savoir-faire et je progresse aussi beaucoup grâce à ces expériences.

 

Que pouvez-vous nous dire sur vos projets 2015 ? Une prochaine exposition ?

2015 sera fait de nouveaux objets et de scénographies. J’ai conçu un canapé et une table d’extérieur pour Tectona, une collection de sacs pour Bensimon, un diffuseur d’huiles essentielles et un sac à dos se transformant en imperméable pour Natures & Découvertes… Je conçois également des scénographies d’exposition pour le musée des Arts décoratifs, le Palais des Beaux-arts de Lille ou encore le Centre National du Costume de Scène.

Les projets pour 2016 commencent également à prendre forme. Deux expositions seront consacrées à mon travail ; l’une à Montigny-lès-Metz, l’autre au MUDAC à Lausanne. Cette dernière sera l’occasion de la publication d’un livre dédié à mes créations.

 

Avez-vous pris une bonne résolution professionnelle ?

Ma résolution est de privilégier les projets où les rapports humains sont chaleureux. Dessiner un objet ou faire un espace sont des aventures qui durent un certain temps et qui nécessitent de pouvoir faire face aux difficultés. Pour que les rêves se réalisent, il faut que tous y croient et se battent.

 

Rêvez-vous d’un projet ou d’une collaboration en particulier ?

L’espace que j’ai le plus envie de dessiner aujourd’hui est un restaurant. Travailler sur l’ambiance d’un lieu de partage me fait rêver.

 

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