AC/AL STUDIO INTERVIEW

Mis en lumière par le prix « Talents à la Carte » lors du dernier salon Maison&Objet de Paris, AC/AL Studio, formé par Amandine Chhor et Aïssa Logerot, propose un design épuré, sobre et précis. Un travail sur la ligne et la géométrie qui le place aujourd’hui sur l’échiquier des talents à suivre de près. Complémentaires et ultra-créatifs, les deux membres répondent à quelques questions afin de présenter leur approche du design et évidemment pour évoquer leurs actus.


Bonjour Amandine et Aïssa, présentez-nous votre studio AC/AL…

Nous sommes un studio de design fondé en 2013 et basé à Paris. Notre travail porte principalement sur la conception d’objets et de mobilier à travers diverses collaborations entre industrie et artisanat.

 

Quels ont été vos parcours respectifs ? Votre rencontre ?

Amandine vient au départ d’une formation scientifique et Aïssa d’une formation en ébénisterie d’art à l’école Boulle. Nous nous sommes rencontrés sur les bancs de l’ENSAAMA Olivier de Serres et avons poursuivi nos études à l’ENSCI Les Ateliers. Après l’obtention respective de nos masters en création industrielle, nous avons collaboré sur des projets de revalorisation et d’aide au développement de l’artisanat par le design dans des pays comme le Cambodge, le Cameroun ou le Maroc. Nous avons également travaillé plusieurs années chacun de notre côté avant de fonder notre studio, Amandine dans des agences de design et scénographie, puis en intégrée chez Hermès comme designer et chef de projet à l’innovation et à la direction artistique, et Aïssa en freelance dans des agences de design et d’architecture comme Mathieu Lehanneur ou Dominique Perrault.

 

Comment conçoit-on un meuble ou un objet en duo ?

Par le dialogue. Nous travaillons à partir de croquis, maquettes et modélisation 3D, sans rôle prédéfini et nous faisons des allers-retours constants sur les projets que nous menons à deux. Les échanges avec le fabricant ou l’éditeur sont aussi très importants car ils permettent de faire évoluer un projet pour le rendre plus juste vis-à-vis des attentes et des contraintes de nos partenaires.

 

Vous collaborez sur des projets mêlant design industriel et artisanat, comment mixez-vous la partie technologique et le travail plus « manuel » ?

Nous travaillons sur des objets et du mobilier, à partir de différents matériaux et procédés de fabrication. La grande richesse de notre métier est la pluralité des contextes de projet et la diversité des rencontres, qui créent chaque fois de nouveaux challenges. Nous ne rencontrons pas les mêmes contraintes et enjeux dans des contextes de production artisanale ou industrielle, mais nous nous adaptons à chaque fois en partant des savoir-faire et des possibilités des matériaux, qui sont notre principale source d’inspiration. Il est intéressant aussi de faire des passerelles entre les deux, et ne plus opposer nécessairement technologie et artisanat. Le mécanisme répétitif des machines et le geste de l’artisan sont autant de moyens de transformer et mettre en forme la matière. Nous pourrions passer des heures à les observer !

 

Parlez-nous un peu de votre collaboration avec Hartô…

Nous avons rencontré Amandine Merle et Pauline Gilain au Speed Dating organisé par le VIA en 2014, qui a marqué le début de notre première collaboration avec le projet de la chaise Paula. Un changement de directeur artistique (Mathieu Galard prenant la suite de Pauline Gilain) et deux années de développement plus tard, nous présentions l’assise en septembre dernier au salon Maison & Objet. En parallèle, et parce que l’équipe est très dynamique, nous leur avons proposé la table basse Eugénie et le guéridon Anatole, qui ont logiquement nécessité moins de temps de développement que la chaise qui devait répondre à des critères ergonomiques et d’empilabilité.

 

Vous avez reçu cette année un nouveau prix : Talents à la carte par M&O Paris. Qu’avez-vous présenté lors du salon ?

Nous avons présenté le fauteuil bridge Dojo, un nouveau projet sur lequel nous travaillons depuis plusieurs mois et qui est actuellement en développement chez un éditeur français. Nous avons également eu le plaisir de présenter pour la première fois la chaise Paula, accompagnée des tables Eugénie et Anatole, ainsi que de la table Hollo éditée chez Petite Friture. Enfin, nous avons dévoilé les premières pièces d’un système d’objets muraux pour l’éditeur Kann : une gamme de patères et un miroir. L’ensemble de ces pièces s’inspirent des tracés géométriques et minimalistes des épures et transforment la ligne en support fonctionnel.

 

Vous travaillez pour des petites maisons d’édition et des grandes maisons de l’univers du meuble. Comment jonglez-vous entre les projets, les approches sont-elles différentes… ?

Un peu, même si l’exigence est la même. Notre travail prend deux directions principales : pour la première nous répondons à des demandes spécifiques d’entreprises et de fabricants qui possèdent un savoir-faire particulier. Dans ces cas nous nous immergeons dans l’univers et l’histoire de la marque, passons du temps à comprendre leurs techniques de production et leurs attentes avant de proposer un projet créatif répondant à leur cahier des charges. C’est très stimulant pour nous de créer à partir de la contrainte et de travailler avec des entreprises qui nous font confiance.

Pour la seconde nous partons d’une envie personnelle : explorer un matériau, travailler une typologie précise… c’est l’exercice de la page blanche qui nous permet de suivre nos intuitions en toute liberté. Nous proposons ensuite ces projets aux marques qui nous semblent correspondre et aux éditeurs avec lesquels nous collaborons depuis quelques années.

 

Vos pièces sont principalement réalisées en métal et en bois…Ce sont des matériaux particuliers pour vous ?

Pas particulièrement. Nous aimons en effet travailler le bois pour ses propriétés intrinsèques et le fil métallique pour son aspect graphique et sa grande capacité de mise en forme, mais nous sommes passionnés par tous les matériaux. Nous explorons actuellement la céramique, la pierre et à nouveau les fibres naturelles avec le rotin et espérons aussi travailler le verre dans un futur proche.

 

Selon vous, comment le design doit-il évoluer dans les prochaines années ?

En France le métier de designer devrait être complètement reconnu, aussi bien vis-à-vis des entreprises qu’au niveau de l’administration française où notre statut peine à trouver sa place parmi les autres métiers créatifs. De façon plus générale nous croyons que le design doit proposer des objets pérennes, qui traversent les modes et résistent dans le temps, ou bien disparaissent sans laisser de trace… C’est pourquoi nous dessinons des pièces aux lignes épurées, nous nous attachons davantage à la fonction, aux détails d’assemblage et à la qualité des matériaux qui donneront l’identité du produit. Dans les prochaines années nous pensons que le design s’inscrira davantage dans une démarche de développement durable (avec l’ensemble de ses aspects écologique, social et économique) pour répondre aux problématiques actuelles et être un vecteur constant d’innovation.

 

Quel est votre programme pour 2017 ? Des nouvelles pièces, des expositions ?

Début 2017 est plutôt chargé, nous présenterons une gamme de tables et étagères pour l’industriel Dasras, un tapis chez Cinna-Ligne Roset, l’étagère Épure qui complétera l’ensemble dessiné pour Kann et une collection de vases en céramique, réalisés avec un artisan japonais avec lequel nous collaborons depuis mai dernier dans le cadre du projet Kyoto Contemporary. Puis une collection de mobilier en rotin pour un fabricant français, et d’autres projets passionnants mais pour l’instant il est trop tôt pour en parler !

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